Greek writer and philosopher Nikos Dimou had an op-ed in Le Monde last week on how “immobilism in Greece has gone on for way too long.” The piece was translated from English but as I couldn’t find the original version here it is en français
LE MONDE | 24.05.2012 à 13h35
Par Nikos Dimou, écrivain et philosophe grec.
En 2009, quand Georges Papandréou est arrivé au pouvoir, la situation était critique, mais pas désespérée. La Grèce pouvait encore obtenir des prêts sur le marché des titres. Mais le gouvernement s’y est pris tout de travers. Au lieu d’élaguer les dépenses et de miser sur la productivité, il a dilapidé les fonds publics. En mars 2010, au bord de la faillite, la Grèce a dû faire appel à la communauté internationale.
La troïka formée par le Fonds monétaire international, l’Union Européenne et la Banque centrale est venue renflouer la Grèce et l’a exhortée à restructurer son économie. En vain. Certains membres du Pasok (dont des ministres) et les syndicats tout-puissants se sont montrés hostiles à toute réforme. Il s’agissait d’éponger le déficit budgétaire en réduisant la voilure, en allégeant le secteur public, en liquidant les entreprises publiques déficitaires. Et de lutter contre ces fléaux nationaux que sont la corruption et la fraude fiscale.
Au lieu de cela, le gouvernement a procédé à des coupes horizontales de 20 % à 30 % sur les salaires, a augmenté l’impôt sur le revenu et la taxe foncière (acquittés par les rares contribuables honnêtes) et majoré les impôts indirects (la TVA a augmenté de 23 %).
Si les fonctionnaires ont sauvé leur poste, un million de salariés du secteur privé se sont retrouvés au chômage. Sur l’essentiel, rien n’a changé. Les professions “fermées” le sont restées : taxis, notaires, pharmaciens, avocats, transporteurs et une centaine d’autres catégories réglementées sont à l’abri de la concurrence. Nous vivons encore sous le régime des guildes médiévales !
Pourquoi un tel immobilisme ? Le philosophe Stelios Ramfos dénonce une société statique, en proie à l’insécurité, au ressentiment, à la méfiance et à la peur du changement. Cet état d’esprit ne date pas d’hier ; il repose sur des fondements culturels et religieux (de même, la défiance des Grecs envers l’Occident a alimenté plusieurs théories du complot). La seule réforme votée à une écrasante majorité par le Parlement concernait le système universitaire. Même cette loi n’a jamais été appliquée : les universités refusent d’évoluer.
Les lourdeurs et la corruption qui plombent l’administration empêchent l’application des lois et des réformes. Et que dire de son obsolescence ? La plupart des fonctionnaires ne savent pas se servir d’un ordinateur. Des procédures qui pourraient se régler en un clic prennent des semaines. Au cours des dix dernières années, l’Etat a investi 8 milliards d’euros dans des équipements informatiques qui n’ont jamais été utilisés.
Dans un premier temps (le 17 juin, si tout se passe comme prévu), les Grecs auront à élire un gouvernement. Celui-ci devra négocier un nouveau mémorandum. La déflation et la récession sont aujourd’hui les principaux problèmes et, si le pays ne reprend pas la voie de la croissance et de la productivité, il ne pourra pas survivre (encore moins rembourser sa dette !).
Ce qu’il nous faut, c’est une nouvelle génération d’hommes politiques, un nouveau secteur public (plus dense et plus efficace), un nouveau plan économique. Plus important encore, il nous faut adopter une nouvelle mentalité. Le temps est venu de nous secouer de notre torpeur et de nous ouvrir à la modernité. Telle était l’ambition partagée par tous les grands dirigeants politiques grecs au cours de ces deux siècles de liberté. Qui sait ? Peut-être la crise aura-t-elle un effet bénéfique ?
The bit about how most Greek functionaries don’t know how to use a computer struck a personal note with me. From the early 1980s on I had a dear friend in Athens, whom I visited a few times there and carried on a regular correspondence with. When I first wrote her a letter printed from a computer, circa 1986, she took it negatively. She thought the computer-generated printed word was cold, impersonal, unspontaneous, devoid of emotion… I hadn’t heard that one before (and haven’t since). Several years ago—not having heard from her in some time—I called her in Athens and, among other things, asked if she had e-mail. Response: oh no, not at all, don’t know about that. I said that was really too bad, as it’s hard to stay in touch otherwise (does anyone still write letters and send them via the post office?). I imagine she still doesn’t have it (otherwise I think I would have heard about it by now). And my friend was not some time-serving functionary but a lawyer, whose office was in central Athens and home in an upscale suburb (Kifisia). Now I know there are plenty of Greeks who are computer savvy, use the Internet, are on Facebook, etc, etc, but if my friend is at all representative of educated Greeks of her generation (she’s in her late 40s), then, as we say here, la Grèce n’est pas sortie de l’auberge…

[The person on the left (labeled "European inspector") is saying "I have come to impose some order." The person on the right (Greek civil servant sitting at the desk with the message "state apparatus"; there is a pun, see below) responds "Not even Chuck Norris can achieve this, my friend." The pun consists of the use of the word "mihani" (as in ex machina, mechanics, etc) for apparatus; adding an "a" at the beginning has the same effect as adding an "un" in English and the word means something like "unfunctionability". — Thanks to Yannis M. for the translation.]
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