Il ne faut pas l’attendre, car cela ne se produira pas. Voilà ce qu’il dit Pierre Evenos, haut fonctionnaire français, dans un très bon article, daté Jérusalem, dans l’excellent webzine Rue89. J’ai dit la même chose depuis un moment et pour grosso modo les mêmes raisons que M. Evenos. Il faut lire tout son article mais voici un morceau clé
Cet éloignement du grand jeu diplomatique en cours, on le retrouve paradoxalement à l’autre bout du spectre social palestinien, chez les élites de Ramallah. Il suffit d’observer les innombrables panneaux publicitaires qui ornent les rues de Ramallah pour comprendre que la classe moyenne palestinienne vit aujourd’hui à l’ère du consumérisme.
Instrument et symbole de celui-ci, le crédit à la consommation s’est répandu à toute vitesse, inondant la ville de 4×4 que leurs propriétaires mettront plusieurs années à terminer de payer. Ziyad, quoique diplomate passionné et nationaliste convaincu, vient lui aussi d’acheter un appartement à crédit : comment n’en serait-il pas quelque peu détourné de la lutte pour l’indépendance de la Palestine ?
Voilà toute l’ambiguïté politique du projet mis en œuvre par Salam Fayyad dans les zones autonomes de Cisjordanie : enrichir les Palestiniens, c’est tout à la fois en faire des interlocuteurs crédibles aux yeux des Israéliens et diminuer leur propension à résister à l’occupation – tout le contraire du legs d’Arafat, en un mot.
Fayyad a contribué plus qu’aucun autre à bâtir cet Etat palestinien que l’ONU est sur le point de reconnaître ; mais la société palestinienne issue de cette ère nouvelle sera de plus en plus individualiste, de moins en moins politisée.
La vie est certes difficile pour une bonne partie de la population palestinienne de la Cisjordanie, à cause de l’occupation, ses checkpoints, et toutes les insupportables vexations et l’arbitraire de l’occupant que les Palestiniens doivent subir (et comme l’a rappellé l’autre jour un journaliste américain—et un camarade à moi de l’école primaire—qui est très au fait de la situation sur le terrain en Palestine, dans un commentaire sur le site web de Michael Moore). Mais il faut dire que la Cisjordanie n’est pas le quart-monde et ses habitants ne sont pas les damnés de la terre. M. Evenos parle des dures conditions dans les ‘camps de réfugiés’—qui sont en fait des quartiers populaires péri-urbains peuplé des déscendants des réfugiés, pas par des réfugiés actuels (dont il n’y a presque plus; la plupart des réfugiés de 1948 toujours en vie n’ont que des vagues souvenirs d’enfance de l’époque). Ces quartiers populaires ne sont pas des bidonvilles, il faut le dire, et ses habitants ne crèvent pas de faim (voici des photos—avec commentaire—que j’ai pris de deux ‘camps de réfugiés’ il y a deux ans). Quant aux élites, dont il parle M. Evenos, et les classes moyennes—qui ne sont certes pas majoritaires mais qui ne constitue pas une petite minorité non plus—la vie n’est pas mauvaise. Par ex., ce concessionaire à El Bireh fait de bonnes affaires, semble-t-il (toutes les photos sont les miennes).
Pareil pour celui-ci à Ramallah (juste au nord du checkpoint Qalandia).
Il y a beaucoup de nouvelle construction, par ex. à El Bireh.
Immeubles huppés à El Bireh (en face de l’implantation juive de Psagot).
La vie peut être veritablement gaie, par ex. pour ces éclaireuses à Ramallah.
La vie n’est pas trop mauvaise non plus pour ces étudiants à l’Université de Bir Zeit (haut lieu de militantisme nationaliste éstudiantin palestinien).
L”Université de Bir Zeit s’est beaucoup agrandi ces 25 dernières années, par ailleurs. Quand je l’ai visité pour la première fois en 1985 elle était petite, et le nouveau campus (celui-ci) n’avait qu’un immeuble. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
Bon, on peut objecter que tout cela n’est que Ramallah-El Bireh et environs—qui est une sorte de bulle—et que la situation est moins réluisante ailleurs dans les territoires, ce qui est en partie vrai. Mais pas entièrement. Par ex., la vie à Naplouse—entièrement entouré par des checkpoints assez draconiens quand j’y étais en 2009—n’a pas l’air catastrophique.
Ils l’aimaient bien…
De retour à Ramallah, on voit beaucoup de ceci en Palestine…
C’est-à-dire, beaucoup d’infrastructure, etablissements (écoles, etc), même des banals terrains de foot, existent grâce aux dons de la communauté internationale, précisement l’UE, les Etats-Unis, le Japon et d’autres pays riches (mais pas grand-chose des pays pétroliers arabes). On ne peut pas sous-estimé à quel point la prosperité—certes relative—de la Cisjordanie dépend de l’aide de l’Occident. La Palestine est sous perfusion, et le sera pour longtemps. Un nouveau soulèvement et cette perfusion s’arrêtera illico. Les Palestiniens auront donc beaucoup plus à perdre qu’à gagner (et vu qu’on sait qu’une nouvelle intifada sera voué à l’échec). Pour ces raisons et pour d’autres, et comme M. Evenos l’explicite, il n’y aura pas de troisième intifada.

















[...] be better than chez eux in the WB (but where, in point of fact, it is not catastrophic; e.g. see my pics of Ramallah-El Bireh, Bir Zeit, and Nablus, taken 3½ years ago). So what [...]
[...] in the “Ramallah bubble” is indeed not too bad, as one may glean from pics I took on my last visit there (in a post from Sep. ’11 arguing why there will not be a third [...]